Mes prédictions pour 2011 : la fin des gazouillis stériles, la fin du sexe et la fin de longues fiançailles

L'Odyssée du marketing internetLe septième billet de notre série «L’Odyssée du marketing internet» est signé Danielle Desjardins, qui oeuvre dans l’industrie de l’audiovisuel, en particulier la télévision et la radio, depuis plus de 20 ans.


Odyssée : voyage mouvementé, semé d’incidents variés, riche en aventures (source : dictionnaire Larousse)

On peut s’attendre à une toute une odyssée en effet en 2011. Si la tendance se maintient… on peut prédire sans trop se tromper que ce sera pour l’Internet une année riche en aventures, semée d’incidents variés qui rendront le voyage mouvementé. Le contraire serait surprenant.

Décoder la conversation : un oracle qui comprend le langage des oiseaux

Dans l’Odyssée, Ulysse consulte un oracle, Tirésias, pour savoir comment rentrer chez lui.

Wikipedia nous apprend que Tirésias avait été rendu aveugle par la déesse Athéna, qu’il aurait surprise se baignant nue, et que cette dernière allégea sa sentence en lui permettant de comprendre parfaitement le langage des oiseaux. Tirésias comprendrait-il le langage des oiseaux du cyberespace, ceux qui twittent, bloguent, facebookisent et alimentent la conversation cacophonique qui s’y déroule ?

Cette métaphore m’amène à un premier univers à surveiller : celui des multiples startups qui travaillent au décodage de la conversation sur les réseaux sociaux numériques. L’objectif : faire émerger des conversations multiples les besoins et les attentes des consommateurs et les orienter de façon à donner aux entreprises un retour sur leur investissement dans les médias sociaux.

Dans cet univers, une entreprise montréalaise à surveiller : Praized Media qui a lancé Needium à la fin de l’année 2010. Contraction de need et de medium, Needium est une technologie qui se met à l’affut des besoins exprimés sur Twitter et les relaie aux entreprises susceptibles d’y répondre.

(Pour plus d’information : Sylvain Carle, VP technologie de Praized Media, explique Needium à Direction informatique ici. et La Presse y consacre un article ici.)

Extraire du sens de la conversation globale : les médias sociaux et la fin du sexe*

Needium est centré sur la conversation et les commerces locaux, à une extrémité du spectre des médias sociaux. À l’autre extrémité, un deuxième univers, la conversation globale, la masse effarante d’information qui y circule et le sens qu’on peut y donner.

Le Norman Lear Center, un think thank américain qui s’intéresse à l’impact des médias sur la société démontre, dans une présentation convaincante, The Business and Culture of Social Media – in search of the people formerly known as the audience, que :

  • malgré la dispersion de l’auditoire de masse sur de multiples plateformes, une masse d’information sur cet auditoire est disponible; il suffit d’avoir les bons outils pour en extraire le minerai le plus rentable (data mining);
  • les nouvelles mesures de l’auditoire de masse ne seront plus basées sur un  profil démographique, mais sur le comportement d’un auditoire global.

Les médias sociaux sont en train d’éliminer les profils démographiques qui segmentaient les auditoires et les valorisaient en fonction de leur appartenance à une catégorie d’âge, à un sexe, à un groupe socioculturel. Comme l’explique Johanna Blakley, directrice adjointe du Norman Lear Center, ces profils seront remplacés par une segmentation selon nos intérêts qui transcende les anciennes catégories.

L’auditoire de masse de l’avenir sera composé de communautés d’intérêts transnationales et transculturelles. Pour bien comprendre les médias de l’avenir, ceux qui sont en train naître, il sera nécessaire d’acquérir une connaissance profonde de ces communautés.

(*Je n’ai pas pu résister à la tentation de titrer cette section avec la traduction du titre d’une conférence de Madame Blakley « Social Media and the End of Gender…)

Un mariage avant la fin de l’année, ou la fin des fiançailles du web et de la télévision

Selon le Norman Lear Center, nous vivons dans une économie de l’attention dans laquelle les médias traditionnels continuent à exercer un rôle essentiel : c’est encore eux qui génèrent la conversation dans les nouveaux médias. En 2011, le troisième univers que je suivrai avec attention : l’union du média de masse par excellence, la télévision, avec les médias sociaux.

Voilà plusieurs années que le web et la télévision sont fiancés. C’était dans les années 90, avant l’avènement des médias sociaux sur le Web. Premier résultat de cette union annoncée : la possibilité de surfer l’Internet sur un poste de télévision. Beaucoup d’argent et d’efforts ont été investis dans un mariage qui n’a pas eu lieu. Un rejeton a été produit par les fiancés, mais il était mort-né, victime de carences en connexion réseau et de déficiences en interface utilisateur. Sa principale tare était sans doute de ne pas donner aux gens ce qu’ils attendent d’un poste de télévision : regarder la télévision… (source : MIT Technology Review « Searching for the Future of Television »)

Malgré ce revers, les fiancés ont continué à consommer leur union et n’ont pas renoncé à un mariage officiel. Les préparatifs vont bon train pour une célébration en 2011. Plusieurs des grands noms de la mouvance numérique se bousculent pour organiser le mariage. Google et Apple sont au premier rang des candidats maîtres de cérémonie, tandis que les manufacturiers d’appareils électroniques se disputent les places de demoiselles d’honneur.

Le mariage sera-t-il célébré en 2011 ? Les possibilités de consommer de manière non-linéaire du contenu vidéo se multiplient. Cela va des applications Internet (Fancast, Netflix,  Dailymotion, Tou.TV) aux boîtes qui permettent de connecter l’Internet sur la télévision (Boxee,  BLOBbox, Apple TV), aux technologies intégrées à des appareils, téléviseurs, DVD, cinéma maison (Archos Content Portal, VUDU, ZillionTV).

Cependant, la plupart de ces nouveautés en sont encore à la phase bêta, ce qui signifie entre autres que leur offre ou leur accessibilité ont des limites, et que, derrière les belles pages web, se poursuivent des négociations féroces avec les propriétaires de contenu, pour les uns, les distributeurs, pour les autres. Et il faut encore tenir compte des habitudes du consommateur de télévision moyen, un être traditionnellement passif qui attend de la télévision qu’elle le divertisse sans que cela soit compliqué.

Si le mariage est célébré, il faudra surveiller ce qui sera sans doute son premier rejeton viable : la télévision sociale, une notion qui figure sur la liste des dix technologies émergentes 2010 du MIT Technology Review. La télévision sociale, c’est la fusion de l’expérience réseaux sociaux avec l’écoute passive de la télévision traditionnelle. Les chercheurs de MIT,  par exemple, travaillent à développer une base de données qui compilerait des contenus via plusieurs sources, les enverrait vers votre appareil de télévision et vous permettrait de communiquer avec votre réseau grâce à une application sur mobile.

L’Odyssée du marketing Internet

Ce texte est un billet écrit par Danielle Desjardins, une observatrice aguerrie des industries culturelles et audiovisuelles.

L’auteur : Dans les fonctions qu’elle a exercées à Radio-Canada pendant un peu plus de 20 ans, Danielle a eu l’occasion de s’intéresser aux impacts économiques, sociaux et culturels des médias, a vu apparaître puis disparaître le concept d’inforoute – où l’on ne faisait que passer –  au profit de celui du cyberespace, ce nouveau continent sans frontières où le genre humain est en train d’immigrer. Elle s’intéresse maintenant aux impacts économiques, sociaux et culturels de cette nouvelle réalité. Elle partage  le résultat de ses recherches et réflexions sur le blogue La partie immergée de l’iceberg.

Elle agit actuellement au sein d’une firme de consultation, Caya|Desjardins|Tremblay, qui offre des services de développement des affaires, de  planification stratégique, de gestion de projets, de développement de partenariats et de recherche de financements, particulièrement dans le secteur des arts, de la culture et des médias.

Crédit photo :  Skiwalker 79